Il a neigé sur la ville!

Il a neigé sur la ville!

Aujourd’hui, il a neigé sur la ville ! De gros flocons duveteux sont tombés par milliers devant ma fenêtre. Le ciel bas, lourd et d’un blanc de plâtre semblait nous recouvrir. Je me suis sentie comme dans une de ces boules à neige décorative qu’on secoue avant de retourner en faisant tomber la neige sur des personnages ou sur un paysage reconstituée.
A la vue de cette neige qui tombait sur la ville, je me suis sentie remplie d’une joie simple et enfantine. Quelque chose de spontanée et d’innocent. De la joie on est amené à en ressentir, lorsqu’on retrouve un ami cher qu’on n’a pas vu depuis longtemps. Ou lorsqu’on part en vacances au soleil alors qu’ici il fait un froid hivernal. Mais ces joies n’ont rien de commun avec la joie de voir la neige arriver. La neige tout d’abord, dans nos grandes villes, et si l’on n’habite pas à la montagne bien sûr, cette neige, elle est rare ! Et souvent éphémère. Elle ne vient pas chaque hiver. On l’attend avec impatience les jours de grands froids et par temps sec, lorsque le ciel est blanc et épais. Elle n’est pas loin, on sent sa présence. Pourtant,  elle ne vient généralement pas nous visiter bien que l’on soit sûr que ce serait le moment idéal car tous les paramètres sont là pour qu’elle vienne. C’est ça son secret à la neige, elle vient quand ça lui chante, et toujours par surprise, quand on s’y attend le moins, quand on a perdu espoir de la voir cet hiver.

Alors quand elle est là c’est un peu une fête exceptionnelle ! C’est un peu comme un matin de noël quand on a 6 ans et qu’on se demande si le Père Noël est passé cette année? C’est cette sensation, ce frisson qui nous traverse le corps et qui provoque tant d’excitation lorsqu’on aperçoit au pied du sapin que oui Il est passé. L’arrivée de la neige provoque ce même frémissement intérieur, cette douce chaleur qui nous traverse au premier instant où on la voit. Ça ne s’explique pas et c’est si bon ! Je me sens immédiatement replongée en enfance avec une quantité de souvenirs qui ressurgissent. Je me vois le matin après que la neige ait tombé toute la nuit, je n’ai pas encore pris de petit déjeuner, mais l’envie de toucher cette matière friable, volumineuse et pourtant si peu consistante dans les mains est plus forte que tout. Je me revois sortir dans le jardin après avoir enfilé des bottes en caoutchouc avec empressement, mais tout en ayant conservé pyjama et robe de chambre. Pas le temps de se changer, la neige n’attend pas ! Elle peut s’effacer en quelques heures ou quelques minutes. Elle est plus précieuse que de l’or pour un enfant ou pour qui garde un cœur d’enfant. Je me rappelle des bonhommes de neige fait avec les cousins, des batailles de boules de neige avec les camarades de classe, des anges qu’on dessinait allongés dans la poudre froide et humide, sans parler des poignées de neige glissées dans le cou de toute personne qui passait à ma portée. Et puis ça donnait enfin l’occasion de sortir la luge du garage, ou quand on n’en avait pas d’utiliser un sac poubelle et aller en haut du petit monticule de terre dans le parc et de se laisser glisser jusqu’en bas. Un instant d’excitation suivi du frisson intense pendant chaque brève descente. Je ne suis pas certaine que même les gros bolides pour adultes puissent donner ce frisson si particulier de l’aventure d’une descente en luge quand on est gamin.

Je vois sur internet les infos qui diffusent des images de New York sous une tempête de neige, ou d’autres grandes villes bloquées par la neige. Les automobilistes se plaignent des pare-brises à gratter, des roues qui patinent, d’une circulation rendue difficile, des transports en commun ralentis, voire bloqués. Moi je ne vois qu’un gros manteau tout blanc et une nature magnifiée. Je me sens pleine de gratitude envers la Nature et la Vie qui s’impose à moi malgré mes préoccupations du jour. Quand d’autres voient des contraintes et un ralentissement dans leur quotidien, moi je vois une journée hors du commun, une occasion de se connecter à la nature. Elle est rare et d’autant plus précieuse. On devrait tous se réjouir de sa venue même si celle-ci perturbe notre quotidien.

Chaque journée sous la neige est unique. Le paysage des villes est embelli par ces caresses blanches. Les enfants jouent dans les rues à grand éclats de rire et de cris de joie aigus. Les mamies et papis peuvent observer derrière leur fenêtre, bien au chaud le spectacle qu’offre cette météo imprévue qui doit leur faire aussi revivre de beaux souvenirs. Les déneigeuses et services de la voirie prennent leur costumes et accessoires de circonstances et endossent leur nouveaux rôles pour un jour ou deux. Qui se rappelle de tous les jours de chaque hiver ? Et qui se rappelle des jours où sa ville a été sous la neige et d’une anecdote ou deux sur cette unique journée ? Sans doute bien plus de monde se rappelleront de la deuxième.

La neige créée des souvenirs qui s’accrochent à notre mémoire. Bons ou désagréables selon chacun, mais elle est inoubliable. Quelques flocons de neige et tout notre quotidien en est changée ! C’est ça la neige ! Qu’elle vienne avec parcimonie et poésie au travers de quelques flocons ou qu’elle s’impose avec force et recouvre le paysage, elle ne passe jamais inaperçue. Elle s’impose à notre vue et à notre esprit. Elle ravive des émotions simples et spontanées que nous avons laissées derrière nous avec notre robe de chambre et nos bottes en caoutchouc. Elle fait revivre des êtres du passé qui depuis bien longtemps nous ont quittés. Elle nous rappelle que les choses les plus simples et les plus insignifiantes peuvent être à l’origine de doux frissons, d’intenses joies, d’émerveillement et peuvent ressusciter ce que le passé a de doux et réconfortant.

Il a neigé sur la ville aujourd’hui et j’ai de nouveau 8 ans !

 

 

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